Dépoussiérer le management

S’il y a bien une chose que j’ai pu repérer avec les années, c’est que le management a accumulé du retard au fil des décennies. Il y a quelques jours, je suis allé à une conférence à Lille dédié au management, et un intervenant nous a montré comment des entreprises ont fait le choix d’un management particulièrement atypique. Trois cas m’ont vraiment stupéfait. Si vous vous intéressez tout comme moi aux ressources humaines, je suis convaincu que ces cas vous inspireront. Les salariés de Morning Star, aux Etats-Unis, débattent de leurs objectifs entre eux, en fonction de de ce qu’ils pensent être bon pour leur entreprise. Aucun supérieur ne vient leur annoncer ce qu’ils doivent faire. Ces conversations aboutissent à des « contrats d’engagement » accessibles à tous les employés. Cette pratique se distingue des objectifs traditionnels puisque les participants sont ceux qui auront à charge de les réaliser. Le PDG d’HCL Technologies (une entreprise de services informatiques en Inde) a établi une appli nommée « Feed Forward ». Chaque collaborateur peut y communiquer, quand il le souhaite, un avis sur les qualités qu’il apprécie et celles qu’il invite à étayer chez un collègue avec lequel il a été amené à collaborer, sans qu’il soit nécessaire de le faire dans un mécanisme formel. Cette démarche, anonyme, est bien évidemment bien disposée. L’idée est, après avoir détaillé les points positifs, d’aider l’employé volontaire à bénéficier d’un vision externe concernant ses axes de développement professionnel hors du cadre du circuit traditionnel des évaluations hiérarchiques. En France, chez Orange (seul opérateur qui n’a pas été impacté par l’arrivée de Free), les employés peuvent exposer en toute liberté leurs idées via un système d’innovation sociale : IdClic. Le processus permet à n’importe quel salarié, quel que soit son statut, son ancienneté ou son métier, de déposer une idée sur une plateforme d’engagement. L’idée est étudiée par des experts volontaires (environ 5000). Si elle n’est pas archivée, elle fait l’objet d’une étude de faisabilité avec une approximation des gains nets. Une fois qu’elle est mise en exploitation, elle peut être, selon les bénéfices, élargie sur le plan national. Le détenteur de l’idée se voit allouer des points virtuels qu’il peut dépenser dans une boutique dédiée. Depuis 2007, un tiers des employés ont déposé environ 122000 idées. 10 % ont pu être déployées, ce qui a généré d’impressionnantes économies qui n’auraient pu être occasionnées autrement. Cette conférence a été une révélation : il m’a révélé combien le management à l’ancienne était désuet.